Obtenez votre exonération fiscale spécifique et développez votre activité de formation en toute sérénité.
Vous venez de signer votre premier contrat de formation, et une question se pose vite : faut-il ajouter la TVA sur votre facture ?
Beaucoup de formateurs indépendants qui travaillent pour des entreprises et des écoles appliquent par habitude la TVA (la taxe sur la valeur ajoutée) classique, ou la franchise en base de TVA, s’ils ont un chiffre d'affaires en dessous du seuil. Beaucoup ignorent qu'un régime existe spécifiquement pour les activités de formation professionnelle, et qu'il n'est soumis à aucun plafond ! Encore faut-il connaître les bonnes démarches : NDA, article 261 du CGI, formulaire Cerfa... Voici comment y voir clair, étape par étape.
Lorsqu'on démarre une activité de formateur indépendant, on est automatiquement rattaché à un régime de TVA par défaut : la franchise en base. C'est ce qui s'applique tant qu'on n'a pas fait de démarche spécifique et c'est justement là que beaucoup de formateurs s'arrêtent, alors qu'un dispositif plus adapté à leur métier existe.
La franchise en base de TVA (article 293 B du CGI) permet de facturer sans TVA tant que votre chiffre d'affaires reste sous certains plafonds. Pour les prestations de services et les activités libérales, la catégorie dans laquelle se rangent la plupart des formateurs indépendants, ces seuils sont, en 2026 :
Entre les deux seuils, vous continuez à facturer sans TVA jusqu'au 31 décembre, mais vous devrez basculer dès le 1er janvier suivant. En contrepartie de cette simplicité, ce dispositif a toutefois un revers : vous ne pouvez pas récupérer la TVA sur vos propres achats professionnels (matériel, logiciels, déplacements...).
La franchise en base fonctionne bien pour démarrer, mais elle devient vite un frein pour un consultant dont l'activité se développe : passé 41 250 € de chiffre d'affaires, vous êtes contraint d'appliquer la TVA à vos clients. Qu'il s'agisse d'une grande entreprise ou d'une école de commerce, ces structures négocient déjà serré leurs budgets formation.
Prenons un exemple concret : Isabelle facture 100 € HT, soit 100 € TTC à une école supérieure, car elle est en franchise de base et fait figurer sur sa facture la mention « TVA non applicable art 293 B du CGI ». Le jour où elle dépasse le seuil de base, elle doit désormais faire figurer la TVA sur ses factures. Elle décide donc de facturer 100 € HT, soit 120 € TTC à son école. Malheureusement, son école réalisant des opérations de formation professionnelle continue, et étant exonérée de TVA à ce titre, elle ne peut pas déduire cette TVA et n'accepte donc pas cette augmentation de 20%. Elle demande à Isabelle de respecter l'engagement initial à 100 € TTC. Isabelle doit donc facturer 83,33 € HT, soit 100 € TTC, ce qui représente une baisse significative.
Or il existe un régime spécifique aux métiers de formation professionnelle, prévu par l'article 261 du CGI, qui permet d'être exonéré de TVA sans aucun plafond de chiffre d'affaires.
Autrement dit : même si vous dépassez les plafonds de la franchise en base classique, ce dispositif vous permet de continuer à facturer hors taxes l'ensemble de vos prestations de formation professionnelle, sans aucune limite de chiffre d'affaires.
L'article 261, 4° du Code Général des Impôts prévoit que les prestations de formation professionnelle continue peuvent être exonérées de TVA, qu'elles soient réalisées par des organismes de droit public (établissements publics d'enseignement, par exemple) ou par des personnes de droit privé (c'est votre cas en tant que formateur indépendant), à condition d'être titulaire d'une attestation délivrée par la DREETS.
Ce même article couvre plus largement l'enseignement scolaire, universitaire, technique, professionnel et agricole : la formation professionnelle continue n'en est qu'une déclinaison, celle qui concerne les formateurs indépendants et les organismes de formation.
Point essentiel à retenir : contrairement à une idée répandue, cette exonération n'est ni automatique ni obligatoire. Le simple fait de dispenser des formations ne suffit pas. Elle doit faire l'objet d'une demande explicite, et tant que l'attestation n'est pas obtenue, vous restez soumis au régime de TVA classique (franchise en base ou TVA normale selon votre chiffre d'affaires).
Autre point de vigilance : une fois l'exonération accordée, elle s'applique à l'ensemble de vos prestations de formation professionnelle. Le choix est irrévocable : vous ne pourrez pas revenir en arrière et appliquer à nouveau la TVA.
Exemple concret, suite : dans le cas d'Isabelle vu précédemment, si elle a fait la demande de NDA puis la demande d'exonération, elle peut alors désormais facturer de nouveau à son école cliente au tarif de 100 € HT, soit 100 € TTC, en faisant figurer cette fois la mention « Exonération de TVA, article 261-4-4° du CGI », ce qui lui permet d'améliorer sa rémunération. Cela peut valoir le coup !
L'exonération couvre les actions qui entrent dans le champ de la formation professionnelle continue au sens du Code du travail (article L. 6313-1), ainsi que les prestations qui y sont étroitement liées : par exemple les frais de restauration ou d'hébergement des stagiaires, ou la fourniture de supports pédagogiques dans le cadre d'une session de formation. Ce dispositif vise à soutenir le développement des compétences et le maintien dans l'emploi des actifs.
Voici un récapitulatif des prestations couvertes par l'exonération, et de celles qui en sont exclues :
Avant même de penser à l'exonération de TVA, vous devez être en règle sur le plan administratif en tant qu'organisme de formation. Cela passe par la déclaration d'activité auprès de la DREETS de votre région, qui vous délivre en retour votre Numéro de Déclaration d'Activité (NDA).
Un point souvent source de confusion : cette déclaration ne se fait pas avant de commencer à former, mais après la signature de votre premier contrat ou convention de formation. Vous disposez alors de 3 mois pour effectuer la démarche. C'est donc un enchaînement précis à respecter :
Retrouvez l'ensemble de cette démarche dans notre article dédié.
Sans NDA valide, impossible d'engager la démarche d'exonération : c'est la première brique du dispositif.
Attention à ne pas confondre le NDA avec la certification Qualiopi : le NDA est une déclaration d'activité obligatoire pour exercer, tandis que Qualiopi est une certification qualité, nécessaire notamment pour accéder aux financements publics et mutualisés.
Pour bénéficier de l'exonération, vous devez transmettre ce document officiel, le Cerfa n° 10219 (formulaire 3511), à votre DREETS, qui vérifie que votre activité correspond bien au champ de la formation professionnelle continue.
Quelques éléments pratiques à connaître :
Une fois l'attestation en main, reste à savoir comment l'appliquer concrètement sur vos factures.
Une fois l'attestation d'exonération obtenue, chacune de vos factures de formation doit obligatoirement porter la mention suivante :
« Exonéré de TVA, art. 261-4-4° du CGI »
Cette mention n'est pas une simple formalité : elle justifie, en cas de contrôle, que votre situation fiscale et l'absence de TVA sur votre facture reposent bien sur ce régime spécifique, et non sur un oubli ou une erreur. Elle est différente de la mention utilisée pour la franchise en base classique (« TVA non applicable, article 293 B du CGI »), donc attention à ne pas les confondre si vous facturez, sur une même période, à la fois des prestations de formation exonérées et d'autres prestations (conseil, par exemple) qui relèveraient encore de ce régime.
Vos factures doivent rester HT (hors taxes) pour l'ensemble des opérations concernées par l'exonération, et ce même si votre client est lui-même assujetti à la TVA.
L'exonération a une contrepartie qu'il faut anticiper dans votre gestion : vous ne pouvez plus récupérer la TVA sur les dépenses liées à votre activité de formation (matériel pédagogique, logiciels, plateforme de formation, prestations facturées par des sous-traitants, etc.). La TVA payée sur ces achats devient une charge définitive, intégrée à votre coût de revient.
Concrètement, cela signifie :
C'est cet arbitrage (pas de TVA facturée, mais pas de TVA récupérable) qu'il faut avoir en tête avant de faire la demande d'exonération : pour un formateur qui investit peu en matériel, c'est presque toujours favorable ; pour celui qui a des charges importantes soumises à TVA, le calcul mérite d'être fait au cas par cas.